Festival des arts mélanesiens le 20 septembre 2010
Discours du maire lors de l'ouverture du festival des arts mélanésiens à Bourail
Pour la première fois de son histoire, la Nouvelle-Calédonie accueille, du 12 au 24 septembre, le 4e festival des arts mélanésiens. Organisé sur l'initiative du groupe Fer de Lance mélanésien, ce festival met à l'honneur les arts traditionnels et contemporains de la Papouasie Nouvelle-Guinée, des îles Salomon, de Fidji, du Vanuatu et de la Nouvelle-Calédonie.
Après Koné et La Foa sur la cote Ouest, la pirogue arrive à Bourail pour trois jours ; Chacune des délégations étrangères et locales propose des danses traditionnelles et contemporaines, des chants, des pratiques anciennes et nouvelles, du cinéma et du cirque, les sculptures d’ici et d’ailleurs et un vaste choix de produits culinaires..
Bourail se raconte aussi à travers son histoire, celui du peuple d’ici, par des légendes, des recherches archéologiques et l’histoire de la colonisation qui montre ainsi ses origines mêlées
Le début du peuplement humain de l’archipel calédonien, s’explique par la position géographique de la région de Bourail. Il n’est pas étonnant qu’un des sites archéologiques les plus anciens de la Nouvelle-Calédonie se trouve sur la plage de la baie de Nessadiou, occupée il y a déjà 3000 ans par des navigateurs Lapita.
Récemment, la majorité des connaissances sur le passé précolonial de la commune se limitait en grande partie à cette période Lapita et aux sites liés directement aux traditions kanakes des derniers siècles avant l’arrivée des européens. La complexité de notre histoire à Bourail a été mise au jour ces dernières années par les découvertes d’une succession d’installations, principalement des campements de pêcheurs, entre environ 850 ans avant Jésus-Christ et le premier millénaire après J.C. Puis, le facile accès à la côte de Bourail, grâce à la passe de la Néra, a certainement favorisé des contacts très précoces entre les navigateurs européens et les habitants kanaks. Une légende raconte « qu’il y a bien longtemps, les anciens bâtissaient de très hautes cases coniques, dites en ruches d’abeilles. L’une d’elle dominait toute les autres, elle était la fierté et l’orgueil de ceux qui l’avaient élevée. Elle montrait la puissance du chef et des clans qui le soutenaient. Au sommet on avait planté une flèche faîtière dont la dernière partie effilée pointait vers le ciel. Y étaient enfilés, des toutoutes, les Döö, ces coquillages du récif, dans lesquels les kanaks soufflaient pour s’appeler. Il fallait que les Döö puissent voir le récif comme il fallait que les pêcheurs sur les récifs puissent voir les Döö sur la flèche en haut de la grande case. Elle était pointue comme la queue du lézard. Dès qu’ils l’apercevaient, les vieux disaient : voilà on est arrivé à la queue du lézard, on est à BU RHAÏ.
A cette époque, les kanaks de BURHAÏ étaient divisés en deux grands groupes : les gens du bord de mer, les Nekou, et les gens de la montagne, les OrÖwe, qui échangeaient leur nourriture au rythme des pêches et des cultures.
Avec l’installation foncière occidentale liée au bagne de Bourail, créé dès la fin des années 1860, a débuté une nouvelle phase historique et l’apparition de nouveaux types de vestiges culturels liés à la colonisation.
On assiste à une colonisation du sol et à sa division en petits lots semblables de 4 à 5 ha, presque identiques autour de ce qui deviendra le village. La population rurale est extraordinairement dense. Les champs bien cultivés sont séparés par des fossés quelques uns clos par des barrières. Puis les concessions s’étendent dans la Haute-Boghen, à Nessadiou, la Douencheur, la Pouéo, qui accueillent les transportés en provenance de l’Afrique du Nord en majorité d’Algérie.
Bourail, naît entre 1867 et 1868 ; elle est le reflet à elle seule, de la diversité ethnique du pays.Deux grandes communautés qui ont longtemps vécu côte à côte, ont appris à vivre ensemble ; elles poursuivent la construction du Pays à travers le tissage des accords de Nouméa et pour le destin commun. Bourail, au centre ouest de la Nouvelle-Calédonie est aujourd’hui une commune de quelques 6 000 habitants répartis sur environ 80.000 Ha. On y trouve des établissements d’enseignement primaire, secondaire et professionnels publics et privés qui accueillent plus de 2000 élèves en provenance du Nord et du Sud du Pays, ainsi qu’ un centre de formation pour adulte; Un système de santé privilégié, des équipements primaires développés à hauteur de 95 % sur l’ensemble de la commune tant dans les 6 tribus que compte la commune, que dans les centres. Il existe un tissu économique à dominante agricole important, même si il ne suffit pas à absorber toute la population en recherche d’emplois. La population est jeune puisque 45 % ont moins de 20 ans ; elle bénéficie d’un cadre de vie agréable avec ses kilomètres de plages et la beauté de ses montagnes. Voilà une présentation rapide de la commune de Bourail.
Le festival, qui nous rassemble sur ces prochaines journées, a pour thème "notre identité, elle est devant nous", issu d'un discours du leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou, prononcé en 1985 et toujours d’actualité.
Comme le dit par ailleurs, Emmanuel Kasarhérou, directeur du festival, cette phrase « nous invite à nous projeter en avant, à ne pas nous asseoir sur nos certitudes ».
Ces rencontres culturelles, inter ethniques doivent être une ouverture entre nos communautés, la culture étant l’une des composantes essentielles du vouloir vivre ensemble. A la culture et précisément à Bourail, s’ajoute l’existence des patrimoines respectifs que l’on retrouvent représentés au Musée de notre ville.
Culture et patrimoine véhiculent une mémoire sociale forte ; celle des hommes et des femmes qui y ont travaillé, souffert, lutté pour constituer et préserver le patrimoine commun qui soude les communautés .
Mais la conscience de cette culture et de ce patrimoine doit venir des acteurs eux-mêmes. Des populations qui ont bâti les Pays respectifs, des élus, des responsables d'association, de tous les habitants marqués par leur histoire, qui trouveront dans leur passé, les références sans lesquelles il est difficile de construire l'avenir. La projection en avant dont parle Emmanuel, est la mise en commun de ces différentes cultures ainsi que le rayonnement que l’on en fait. Ce rayonnement constitue son influence sur le monde extérieur indépendamment des frontières géographiques.c’est bien là, ce que s’applique à organiser le groupe « du fer de lance mélanésien » dont je félicite l’initiative renouvelée.
Le 24 septembre, se retrouver à la clôture du festival, à la fête de la citoyenneté, en associant nos voisins mélanésiens à la marche de la Nouvelle-Calédonie vers un destin commun, sera un moment fort pour notre Pays.
Je remercie les organisateurs de ce festival, les associations et le service culturel de la ville qui se sont engagés en équipe et tous ceux qui ont tenu à apporter leur concours à divers titres pour la réussite de ce festival. Je remercie également les troupes, d’amateurs ou de professionnels qui se représenteront au plus grand plaisir de tous.
Chacun durant ces journées, nous pourrons donc chercher et trouver sans nul doute, son miel dans les différents spectacles qui nous sont offerts.
Comme le festival est d’abord une fête, je vous souhaite les meilleurs moments possibles, les meilleures rencontres et le plus grand plaisir avec les artistes.
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